Prothèses de genou en Belgique : « Quand les chiffres ne tiennent pas, la confiance vacille ! »

Selon des chiffres de l’INAMI fondés sur un rapport du Centre fédéral d’expertise des soins de santé publié en 2023, la Belgique afficherait l’un des nombres les plus élevés de prothèses de genou en Europe, avec quelque 26 000 hospitalisations annuelles pour arthrose du genou, dont l’écrasante majorité (94 %) se soldent par la pose d’une prothèse. Le pays figurerait ainsi dans le top 3 européen en matière de prothèses de genou par habitant. Une mise à jour récente pour l’année 2024, publiée en septembre 2025, fait état d’une hausse de plus de 7 %. Mais ces chiffres sont-ils exacts ?

Le Dr Peter Verdonk, chirurgien orthopédique à l’AZ Monica, conteste formellement les données de l’INAMI dans une publication sur LinkedIn. « L’incidence a diminué depuis 2019, alors qu’elle augmente dans presque tous les pays européens comparables. Des données fiables issues de registres scientifiques de longue date montrent que l’usage des prothèses totales de genou est strictement encadré et nullement excessif en Belgique », écrit-il. « L’affirmation de l’INAMI soulève dès lors des questions sur la qualité des sources publiques et le fact-checking. »

Un graphique actualisé jusqu’en 2024 (incidence pour 100 000 habitants) montre en tout cas que la Belgique se situe au même niveau que l’Allemagne et le Danemark, et nettement en dessous du Royaume-Uni. La Suède, le Luxembourg et la France se trouvent également dans notre sillage, avec des taux légèrement inférieurs.

D’où vient alors cette focalisation sur le nombre de prothèses de genou ? En 2023, l’INAMI avait en effet imposé pour la première fois un quota pour les prothèses de genou : chez les plus de 50 ans, toutes les indications ne peuvent plus systématiquement mener à une intervention chirurgicale. Une telle limitation pour les médecins constituait alors une première.

Dialogue

Le nouvel administrateur général de l’INAMI, Pedro Facon, dit suivre le dossier de près et annonce rapidement son intention d’agir : « Je ferai une proposition afin de pouvoir échanger nos points de vue. »

Réagir rapidement pour éviter que la confiance ne s’érode : tel est l’enjeu. Le Dr Jan Viktor (UGent) s’inscrit dans la même démarche : « Nous accepterons volontiers votre proposition de dialogue. »

Le professeur gantois rappelle le contexte : dès 2009, la Société belge d’orthopédie avait demandé de sa propre initiative la création d’un registre des implants afin de suivre de manière ciblée la qualité des soins. « Avec le soutien de l’INAMI, nous avons pu créer Orthopride. Depuis 2015, nous disposons de données complètes sur les prothèses de hanche et de genou en Belgique. Chaque année, nous avons transmis un rapport exhaustif à l’INAMI, complété par des explications orales et des échanges avec la cellule Qermid. »

Or, depuis 2023, les orthopédistes n’ont plus accès aux données du registre, à la suite d’une décision ministérielle de migration de la base de données vers eHealth. « La communauté orthopédique ne peut donc en aucun cas être pointée du doigt ; au contraire, nous avons toujours fait preuve d’anticipation et de constructivité », insiste-t-il.

Affaire à suivre, sans aucun doute.

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